Des mains.

Photo de Madison Inouye sur Pexels.com

J’ai sans doute reçu mon premier massage avant même d’avoir mon premier souvenir.

C’est ainsi que ma formation a commencé. Avec ma mère.

Quand je pense à ma mère, je pense à ses mains. À ses mains dans mon dos et celui de mon frère quand on regarde un film ensemble le soir. Elle sur le canapé, mon frère et moi qui adoptons notre position afin de recevoir les câlins si appréciés. Parfois dans un petit climat de concurrence pour avoir accès aux deux mains en même temps, ou pour être câliné plus longtemps que l’autre.

Quand je pense à ma mère, je ressens l’apaisement presque immédiat que sa main sur mon dos ou dans mes cheveux me procure. Ses caresses apaisent mon dos douloureux à force de porter le cartable du collège trop lourd toute la semaine. Elles m’allègent aussi du poids d’un cartable invisible que la vie accroche à mes épaules : stress de l’école, déception amoureuse, fatigue, solitude… Parfois, des gestes de soin réparent davantage que des conversations.

Quand je pense à ces moments, je me rappelle de la somnolence agréable qui m’envahit au bout de quelques passage dans mon dos. Le film devient flou, il n’était, de toute façon, qu’un prétexte.

J’ai eu de la chance de connaître très tôt ce contact physique qui nourrit et met en sécurité. Je n’ignore pas que nous n’avons pas tou-te-s eu cette chance. Chacun-e d’entre nous a des expériences positives, neutres et négatives d’entrée en contact avec d’autres et avec nous-mêmes… Ces expériences ont participé à construire le rapport à notre corps et au soin. Parfois même, c’est dans les bras de ceux qui sont sensés nous aimer et nous protéger que le contact physique nous abîme profondément. #MeTooInceste témoigne de cette douloureuse et banale réalité en dépeignant la famille comme potentiel lieu de violences sexuelles perpétrées sur les enfants (1). Tous ces éléments induisent des rapport au contact physique et au soin différenciés.

C’est une des raisons qui m’encouragent à consacrer du temps d’apprentissage et de pratiques en lien avec le corps : transmettre la chance que j’ai eue de me sentir en sécurité et soigné dans les bras de ma mère. Lors de mes ateliers ou de mes soins, j’essaie de me rappeler sans arrêt que nous ne venons pas des mêmes endroits, des mêmes familles, des mêmes relations amoureuses ou encore des mêmes relations avec le corps médical. Que quelque chose d’agréable pour un corps sera douloureux pour un autre. Il s’agit donc de partir de ce constat et de faire un bout de chemin ensemble par l’exploration des possibilités de soin et d’apaisement apportées par le contact physique.

(1) pour aller plus loin sur ce sujet, je conseille les excellents podcasts Ou peut-être une nuit sur Louie Media ainsi qu’Inceste et pédocriminalité sur ArteRadio.

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